• Valérie D

Parfums de fumoir


Depuis quand n’a-t-elle pas fumé une cigarette ?

Depuis qu’on lui a dit que la fumée était l’ennemie de sa féminité, de la beauté de sa peau angélique. Depuis, elle s’enivre de la fumée des autres qu’elle inhale au hasard de discussions et de salons. Elle la respire dans ses souvenirs comme le parfum d’un interdit aux accents doux amers de miel et de goudron jusqu’à ce soir où elle s’éveille dans le sillage d’un homme dont les relents de patchouli, de cuir et de tabac la plongent dans un émoi si troublant qu’elle cherchera par tous les moyens à se l’approprier.

Pas l’homme, le parfum.



Les jeux sont faits de Jovoy.

Tel est son nom, véritable hommage aux icônes viriles des films d'Audiard, aux tontons flingueurs, aux pépés à gangsters, mais aussi aux garçonnes jouant de leurs cheveux courts et de leurs cigarettes.

François Hénin, des parfums Jovoy à Paris, rappelle que la femme a longtemps dû se cacher pour fumer. « C’est en toute discrétion, au début, que fument l’aristocrate, la femme de la haute société, mais aussi ,plus provocante, la garçonne des années 20. Associée aux intellectuelles, aux femmes du monde, la cigarette est considérée comme un accessoire élégant dans une discussion entre gens du monde.

Les codes vont bien changer comme l’histoire le montrera.

Pour moi, féminité et tabac sont tout de suite évocateurs des années 20.

Emancipation, liberté, élégance ; je vois des femmes élancées, un peu garçonnes, aux doigts interminables entre lesquels des portes cigarettes sans fin s’illuminent de combustions aussi frénétiques que leur appétit … de vivre !"



Loin des chemins fleuris et poudrés de riz qui mènent à une vision rassurante du boudoir féminin, la femme s’encanaille dans le sillage de parfums masculins évoquant les bars clandestins.

Son boudoir prend des allures de fumoir, s’approprie des senteurs de clubs réservés aux gentlemen, aux vrais, et ourle ses lèvres d’un rouge franc. Elle porte des parfums pour hommes dont les noms à eux seuls la projettent dans des univers diablement masculins entre les fauteuils en cuir et les cigares d’un hôtel de la Havane et un vieux barbershop à Savile Row où l’on ne doit pas souvent recevoir des dames. Elle s’en moque car, à revendiquer des notes olfactives injustement réservées aux hommes pendant si longtemps, elle ne s’est jamais sentie aussi femme.



Elle découvre l’incroyable Pohadka de Ys Uzac, sourit de voir les femmes se retourner autant que les hommes sur son passage. Elle se sent maître de ses charmes, revient à Tabac Blond de Caron qui fut un vivifiant hommage à la libération de la femme en 1919, enivrant au passage les garçonnes audacieuses. En George, le premier parfum des Jardins d’Ecrivains, elle retrouve tout l’érotisme du dandysme et l’audace d’une femme qui osa, bien avant les garçonnes, s’approprier les codes masculins pour les mixer à sa propre féminité. Anaïs Biguine, créatrice de la marque, nous raconte:



"Ce premier parfum s’appelait George en hommage à George Sand. La prestance du cigare et son réel goût pour le tabac ont fait de George la fumeuse la plus célèbre de son temps. Le tabac faisait partie prenante de sa vie tout comme le café. Ils étaient tous deux ses compagnons de nuit pour mieux écrire. J'ai voulu un jus lourd de sens exprimant la quête de ce modèle féminin qui, paradoxalement, a gagné sa féminité en paraissant masculine."

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